
Au début des années 60, Edward Lorenz un physicien
spécialisé en météorologie au Massachusetts
Institute of Technology (M.I.T.) travaillait sur un modèle mathématique
dont le but était de prédire la température. Un jour, il voulut
reproduire sur ordinateur une séquence de résultats obtenus quelques
jours plus tôt. Les ordinateurs de l'époque étaient terriblement lents
alors pour sauver du temps, il fit démarrer son programme au milieu de
la séquence plutôt qu'au début. Il utilisa une des valeurs de son
ancienne liste de résultats. Il s'attendait à retrouver les valeurs
qu'il avait obtenues précédemment mais à sa grande surprise ce ne fut
pas le cas. Lorsqu'il revint une heure plus tard, il constata que les
nouveaux résultats s'éloignaient de plus en plus des résultats obtenus
quelques jours auparavant. Rapidement il en découvrit la cause. La
valeur de la séquence initiale était 0,5061127 et Lorenz avait fait
commencer sa suite en tapant seulement les trois premiers chiffres
0,506. Les scientifiques de cette époque se considéraient chanceux
lorsqu'ils pouvaient disposer d'une mesure exacte à trois décimales
alors pour eux, une quatrième ou une cinquième décimale ne pouvait
certainement pas avoir d'effets notoires sur les calculs. Lorenz prouva
le contraire. Il découvrit qu'une infime variation sur les conditions
initiales de certains systèmes dynamiques (systèmes qui décrivent dans
l'espace un état qui évolue dans le temps) pouvait avoir des
conséquences tout à fait imprévisibles sur leurs comportements (voir Le chaos).
Malgré un article publié en 1963 sur le sujet, il faudra
attendre jusqu'en 1972 pour qu'on s'intéresse à la découverte de
Lorenz. C'est à la suite d'une conférence qu'il donna intitulée «Un
battement d'aile de papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade
au Texas?» que la théorie du chaos devint une sorte de mode. Retenons
ici que la théorie du chaos touche divers domaines qui ont tous comme
point en commun leur sensibilité aux conditions initiales. Même si de
très grands noms tels Maxwell, Poincaré, Hadamard et Kolmogorov furent
des précurseurs de la théorie du chaos, on attribue généralement ses
origines à Edward Lorenz.
Lorsqu'il fit sa découverte, Lorenz travaillait sur un
système constitué de douze équations. Il créa par la suite à l'aide des
seules variables x, y et z, un modèle simplifié représentant un
phénomène de convection dans une boîte chauffée par le bas, un peu
comme les mouvements de l'air qui se produisent l'été lorsque le soleil
chauffe fortement le sol et créent de petits nuages blancs appelés
cumulus. Il définit son système à l'aide de seulement trois équations
différentielles.

La valeur des constantes s, r et b dépend de la forme de la
boîte et du chauffage. Pour s = 10, r = 28 et b = 8/3, on constate en
utilisant Maple, que la solution du système précédent évoque la
forme d'un papillon. Cette ressemblance y est peut-être pour quelque
chose dans la naissance de «l'effet papillon».
with(DEtools):
lorenz :=
diff(x(t),t) = 10*(y(t)-x(t)),
diff(y(t),t) = 28*x(t)-y(t)-x(t)*z(t),
diff(z(t),t) = x(t)*y(t)-8/3*z(t);
DEplot3d({lorenz}, [x(t),y(t),z(t)], t=0..100, stepsize=0.01,
[[x(0)=10, y(0)=10, z(0)=10]], orientation=[-35,75], linecolor = t,
thickness = 1);
Toujours à l'aide de Maple,
on peut aussi montrer que le système bien que réduit au
minimum est lui aussi sensible aux conditions initiales. Examinons le
comportement d'une des trois variables suite à une infime variation de
la condition initiale du système. Considérons par exemple la variable x
en prenant comme condition initiale xo=10, yo=10, zo=10 puis en prenant
comme condition initiale xo=10, yo=10,01, zo=10 soit une légère
variation de 0.01 sur la valeur de yo.
DEplot({lorenz}, [x(t),
y(t), z(t)], t=0..15, stepsize = 0.01, [[x(0)=10, y(0)=10,
z(0)=10],[x(0)=10, y(0)=10.01, z(0)=10]], scene = [t,x], linecolor =
[blue,green], thickness = 1);

Comportement de la variable x en fonction du temps t
bleu : xo = 10, yo=10, zo=10
vert : xo = 10, yo=10,01, zo=10
On voit très bien que l'infime variation de 0,01 dans la
condition initiale de yo n'influence pratiquement pas les valeurs de la
variable x sur l'intervalle de temps [0,7] mais à partir de t=7 les
valeurs de x n'ont plus rien en commun avec celles obtenues en prenant xo=10, yo=10, zo=10. On pourrait faire la même
démonstration avec les variables y et z.
Voici une façon intéressante de voir directement sur le
papillon de Lorenz l'effet de sensibilité aux conditions initiales.
Cliquez avec la souris dans la fenêtre du bas. Vous verrez lentement
apparaître le tracé à l'origine du fameux papillon de Lorenz. Cliquez à
nouveau aussi près que possible de l'endroit où vous aurez cliqué la
première fois. Vous verrez apparaître un second tracé qui suivra
d'abord fidèlement le premier mais après un certain temps, vous noterez
une légère différence entre les deux tracés. Cette différence ira en
s'accentuant puis finalement, il n'y aura plus aucune similitude
possible entre les deux tracés. Cet effet illustre le concept de la
«dépendance sensitive aux conditions initiales de certains systèmes»
rendant chaotique la prédiction de leurs comportements.
Utilisé avec la permission de James P. Crutchfield.
Copyright 1996. Tout droit réservé.
Le papillon de Lorenz possède une autre caractéristique
importante. Quelles que soient les valeurs initiales choisies, on
obtient toujours comme représentation graphique un objet géométrique
dont la forme ressemble à un papillon. Le tracé obtenu dépend
entièrement du choix de xo, yo et zo. Deux conditions initiales
différentes même très rapprochées produiront deux tracés totalement
différents. Même si les trajectoires issues de (xo,yo,zo) sont
différentes, ils composent toujours le même dessin, le papillon de
Lorenz. Une structure qui possède cette propriété s'appelle un attracteur étrange. Le
papillon de Lorenz est un attracteur étrange.
Les découvertes d'Edward Lorenz ont eu de fortes influences
dans plusieurs domaines scientifiques. En météorologie, ils ont conduit
à la conclusion qu'il est impossible de prévoir raisonnablement la
température au delà de deux à trois semaines.
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